5 août 2021

Jean-François DEAK

Sur la route de Moltifao, quelques centaines de mètres après un pont de pierre, un panneau de la Route des Sens se dresse sur le bord de la chaussée. « Coutelier Forgeron » signale la pancarte suggérant la direction d’un sentier qui s’enfonce dans le maquis en contrebas. Sur 4 km le chemin suit les ondulations de l’Asco qu’il surplombe. Les bruits de l’eau et du vent dans les branches sont les seuls compagnons des quelques bêtes que l’on croise sur cette terre aride du centre de la Corse.

Jean-François DAEK et son fils Pierre-Jean sont dans l’atelier, travaillant l’un en face de l’autre. Sur l’établi, lames et cornes taillées s’étalent attendant que les mains des artisans

viennent changer leur forme ou leur éclat. C’est dans ce bas de vallée que le forgeron est revenu s’installer en 2002, quittant ainsi la cité phocéenne où il s’est formé. L’idée de la coutellerie s’était alors imposée. Il confectionne à l’époque de petits couteaux à manche en bois à un rythme industriel puis fait le tour de la Corse pour les vendre, sans compter les heures. Mais rapidement un constat s’impose à Jean-François, cette vision de son travail ne lui convient pas, ou plus. Cette vie n’est pas celle pour laquelle il est revenu. Il se met alors à travailler la corne, récoltant conseils et astuces des anciens et ne répond plus qu’à ses commandes et sa créativité.

Oghje Ghjuvan’ Francescu DAEK hà trovu a so libertà. Ùn travaglia più, pensa « vengu crià ».

Les bergers des alentours l’approvisionnent en cornes. Plus d’un tiers de ses lames provient de matériel qu’il récupère et retravaille. Il redonne l’éclat du métal au gré de ses envies.

« Parfois on se lève juste avec une idée… » explique-t-il, et ces idées lui dictent ces prochaines journées. Certaines aboutissent, d’autres pas. Les lames qui n’ont pas répondu à ses attentes sont là, sous ses yeux. Il les conserve, telles des reliques qui lui rappellent ses erreurs passées. Et quand on lui demande s’il est fier de la qualité de son ouvrage, il répond

amusé « [qu’] on ne finit jamais de progresser ». Les couteaux jugés dignes d’être présentés sont vendus dans des magasins à Ajaccio, Bastia, île-Rousse, Bonifacio et Porto-Vecchio. Une de ces lames est aujourd’hui entre les mains d’un chef indien du Yukon (Canada). Et d’autres se trouvent dans un restaurant de Manhattan, Pierre-Jean, son fils, écoute attentivement la vision que son père partage de son propre métier et il n’hésite pas à rire de la modestie du coutelier. La reprise du flambeau était un sujet récurrent depuis quelques années entre les deux hommes. L’idée de travailler avec son père et d’adopter cette vie l’a convaincu.

www.cultellidicaccia.com

Per Ghjuvan’ Francescu DAEK, a liberazione passò per u ritornu nantu à l’isula è l’affrancamentu di i vezzi. Aduttà una visione artistica, cambià di sguardu nantu à u so mistieru, abandunnà e logiche di pruduzzione per quelle di creazione, anu fattu d’ellu un artisgianu atipicu. Ùn travaglia più, cuncepisce. Stu stazzunaru cultillaghju s’hè buscatu un lucucciu di pace vicinu à l’Ascu, trà arte è artisgianatu. U so figliolu Petru Ghjuvani travaglia cun ellu. Ùn sà ancu dì s’ellu assicurerà a rileva di u Babbu. Ma u dubbiu sparisce nantu à un puntu : a trasmissione di u sapè fà. Certe volte, a cullaburazione pò ancu diventà una scusa per ritruvassi. È quandu u figliolu pare esità à lampassi in unepoche d’opere appena uriginale, u babbu li ramenta a regula : « Ci vole à pruvà, affrancassi di i vezzi. »